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Dossier : Immunisation ou survivre au virus
En Afrique, les épidémies sporadiques de fièvre
hémorragique dues au virus Ebola tuent en quelques semaines près
de 70 % des personnes infectées. On connaît encore mal l'histoire
naturelle de cette redoutable maladie. Comment expliquer, par exemple,
les 30 % de survivants ?
Lors des épidémies de 1976, les enquêtes sérologiques
révélèrent très peu de cas asymptomatiques.
Dans les années 1980, de nombreuses enquêtes sérologiques
réalisées en Afrique tropicale et équatoriale, ont
montré des prévalences de 1 à 30 % dans des populations
qui ne se souvenaient pas avoir été confronté à
des cas de fièvres hémorragiques. La technique utilisée
était l'immunofluorescence indirecte (I.F.I.) avec parfois des
seuils de dilution très faible (1/8ème). En rassemblant
ces données, nous sommes tentés de soupçonner que
cette méthode (I.F.I.) donne de nombreux résultats faussement
positifs. Cependant, cette enquête n'est pas à rejeter en
bloc. Il est certain qu'Ebola et autres filovirus circulent en permanence
dans ces régions et que des infections inapparentes existent à
côté de cas cliniques sporadiques baptisés diarrhées,
paludisme, fièvre jaune ou dengue.
Un groupe de chercheurs français et gabonais s'est demandé
quelles différences virologiques ou immunologiques pouvaient expliquer
que certaines personnes arrivaient à éliminer le virus.
Ces chercheurs ont prélevé des échantillons sanguins
lors des deux épidémies survenues en 1996 au Gabon et ayant
touché une trentaine de personnes. Après une analyse poussée,
ils ont montré que le système immunitaire des survivants
réagit de façon particulière. Dès le début
de l'infection, tandis que le virus se multiplie, ces derniers produisent
des anticorps (notamment des immunoglobulines de type G) dirigés
contre les protéines virales. La production d'anticorps, qui augmente
au cours de l'infection, est suivie par une activation soutenue, et persistante,
de certaines cellules du système immunitaire : les lymphocytes
T cytotoxiques. En revanche, les victimes du virus Ebola ne produisent
pas d'anticorps IgG. En outre, leur réponse immunitaire cellulaire
(due aux lymphocytes T) ne dure pas. Les chercheurs observent les paramètres
d'une mort cellulaire (apoptose) intense dans le sang des patients quelques
jours avant leur décès, signe de la défaillance de
ce système immunitaire.
En 1997, des chercheurs américains de l'US Army ont identifié
des anticorps monoclonaux qui protègent du virus Ebola. Certains
de ces anticorps neutralisants ont également un effet thérapeutique
lorsqu'ils sont administrés à des souris 2 jours après
leur infection par le virus. L'identification de ces anticorps neutralisants
a d'importantes implications pour le développement de vaccins et
de thérapies. L'équipe de la Division de Virologie de l'armée
américaine a identifié 5 groupes d'anticorps neutralisants
monoclonaux dirigés contre le virus. Ces anticorps ont été
produits par des hybridomes issus de souris infectées par le virus
Ebola.
Ces résultats indiquent que la mise au point de vaccins anti-Ebola
reste possible. De plus, ces anticorps neutralisants pourraient être
utilisés directement à des fins thérapeutiques chez
l'homme.
Rédigé par Christelle Vauloup
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